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L’usage du monde, Nicolas Bouvier

L'usage du monde
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L’Usage du monde est récit de la route, un récit de flâneries itinérantes en Fiat 500 Topolino, vécues au milieu du siècle dernier entre Yougoslavie et Afghanistan par l’auteur et son ami peintre Thierry Vernet . C’est également un récit de voyage initiatique, un récit de jeunesse – Nicolas Bouvier n’a que 25 ans – mais qui marie étonnamment envolées poétiques, réflexions intellectuelles et vie réelle “sur le dur”, à l’instar des plus grands récits du genre.


L'usage du monde

“Être privé du nécessaire stimule, dans certaines limites, l’appétit de l’essentiel.”

“La vertu d’un voyage, c’est de purger la vie avant de la garnir.”

“Il faut vraiment qu’une civilisation campagnarde soit dans sa fleur pour qu’on vous y parle des femmes avec ce ton de mystère. Avec ses filles halées, son linge frais empesé, ses chevaux au pâturage et le voisinage des Tziganes pour servir de levain à cette pâte, Bogoiévo-des-Paysans avait bien de quoi être heureux.”

“Le temps de quelques cigarettes, ils allaient faire gémir leurs cordes pour le simple plaisir de se mettre l’âme à l’envers.”

“Ils écoutaient les yeux fermés de plaisir avec des sourires en lames de couteaux.”

“C’était un dimanche réussi. Le meunier très gai a bourré quelques cartouches et foudroyé à bout portant la moitié de ses poules qu’il est allé en titubant plumer dans son moulin, pendant que les copains, un sourire d’élu aux lèvres, se passaient des fusils qui partaient dans tous les sens. Le chamois nettoyé jusqu’à l’os, on s’est tous allongé dans le trèfle pour une de ces siestes où l’on sent la terre vous pousser dans le dos. Vers six heures, comme aucun des dormeurs ne bronchait, nous sommes rentrés à Prilep.”

“Ces vieux plaisantins sont ce qu’il y a de plus léger dans la ville. À mesure qu’ils blanchissent et se cassent, ils se chargent de pertinence, de détachement et deviennent semblables à ces bonshommes que les enfants dessinent sur les murs. Des bonshommes, ça manquent dans nos climats où le mental c’est tellement développé au détriment du sensible ; mais pas un jour ne passe sans qu’on rencontre un de ces êtres pleins de malice, d’inconscience et de suc, porteurs de foin ou rapetasseurs de babouches, qui me donnent toujours envi d’ouvrir les bras et d’éclater en sanglots.”

“Nous comptons sur leurs recettes pour revivre, eux sur les nôtres, pour vivre. On se croise en chemin sans toujours se comprendre, et parfois le voyageur s’impatiente ; mais il y
a beaucoup d’égoïsme dans cette impatience-là.”

L'usage du monde

 

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