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Les Fraises de Valldal

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Idée reçue numéro 46 : la fraise est un fruit qui pousse mieux dans le sud de l’Europe. Alors, pour commencer, techniquement, elle n’est pas un fruit. Mais là, on chipote. Ensuite, pourquoi ne pousserait-elle pas en Norvège, qui bénéficie de journées plus longues et donc d’un ensoleillement plus important ? C’est ainsi qu’en préparant notre périple, nous avons découvert la petite ville de Valldal, capitale norvégienne de la culture de la fraise depuis plus de 100 ans, avec à titre d’exemple cette année 460 tonnes produites sur l’ensemble de la commune, 900 les meilleures années, sans compter les autres baies. Suffisant, en ce qui nous concerne, pour justifier une petite visite ! Et on vous voit, ceux qui nous traitent de gourmands. Et on n’a pas peur de vous répondre : “oui, c’est possible”. Voilà.

Mais notre passage à Valldal aurait facilement pu être l’histoire d’un cuisant échec. Arrivés au moment du festival de la fraise, nous ne parvenions même pas à le localiser en ville. Et on vous promet que ce n’est pourtant pas si grand que ça…

Qu’à cela ne tienne, comme nous avions essayé de faire les choses bien en envoyant un mail au préalable, nous nous rendions au Jordbærstova, un restaurant dont les recettes centrées sur la jordbær (la fraise, pour les moins perspicaces d’entre vous) et notamment le gâteau sont de renommée internationale, en espérant réaliser une sorte de reportage en coulisse. Et là, refus catégorique de la part de la propriétaire, qui avait vu notre mail sans prendre le temps de le lire, n’était pas intéressée, ni par notre projet, ni par l’idée de sourire… Bref, nous étions sans doute tombés sur un mauvais moment. Désespoir, ce gâteau avait l’air tellement bon !

Le lendemain, nous trouvions refuge au café Under taket, afin de décider quoi faire de cette triste expérience. Mieux reçus cette fois, nous repartions au combat afin de quérir davantage de renseignements auprès du serveur : “Vous cherchez des informations ? Allez voir Ann à la Valldal Safteri, elle adore discuter !”. Notre chance était peut-être en train de tourner !

Et effectivement, Ann nous accueillait avec un grand sourire. Cette ancienne habitante de la région de Bruxelles avait repris la Norsk Bærindustri en 2007, pour en faire une boutique uniquement centrée sur la transformation des fruits issus de la production locale : jus et confitures, principalement. Un leitmotiv dont elle ne dévie jamais, si ce n’est pour une touche de vanille ici ou là. Ses confitures, qu’elle confectionne elle-même, sont estampillées Valldal de bout en bout ! L’entreprise créée en 1919, dont Ann a trouvé le nouveau nom, est désormais le point de ravitaillement de tous les cafés et de nombreux touristes parcourant la région.

Et croyez-nous, les confitures (fraise, cassis, framboise, groseille, cerise, mûre arctique) valent le détour, d’autant plus qu’elles ont une teneur en sucre ajouté plus faible que les confitures traditionnelles. D’employée de banque, Ann, passionnée de cuisine et de bonnes choses depuis l’enfance, est passée maîtresse dans l’art de la transformation des fruits. Reconversion réussie haut la main !

Et si elle nous réconciliait avec la ville, cette jolie rencontre n’était pourtant qu’un début. Alors que nous repartions avec plusieurs pots de confiture (ne jamais avoir peur des nouvelles expériences) , la propriétaire des lieux nous aiguillait dans la direction de ses producteurs privilégiés, Hegelin et Audun. Un coup de téléphone plus tard, et nous étions en chemin pour la ferme !

Dans un timing cette fois parfait, puisque nous débarquions le jour de la dernière récolte de la saison, généralement de mi juin à mi-juillet, plus tardive cette année en raison d’un été plus ensoleillé. Accueillis par Hegelin Waldal, qui ne peut pas être plus locale avec un nom de famille pareil, c’est directement dans les champs que nous discutions pendant plus d’une heure, tandis que les cueilleurs (une majorité d’étudiants polonais venus travailler pendant l’été) s’affairaient : on ne ramasse pas deux tonnes en une saison, et jusqu’à 180 kilos par jours (tout ça par personne), en se tournant les pouces ! A plus forte raison quand on est payé au rendement !

Rassurez-vous, Hegelin et Audun ont aussi de quoi s’occuper pendant la cueillette, puisqu’ils comptabilisent, pèsent, trient… Hegelin est d’ailleurs l’arme fatale de la maison lorsqu’il s’agit de sélectionner les fraises. La lourde pluie tombée la nuit précédente ayant fait pourrir quelques fraises sur pied, c’est au nez qu’elle débusque quasi infailliblement les fruits indésirables ! Avec quelques 70% de la production destinés à un usage industriel, la moindre fraise pourrie peut vous gâcher une tournée de compote ! Les fruits pourris, une fois repérés, retournent à la terre. Ou à la rivière, ce qui donne à Audun l’occasion de travailler son geste de lancer…

Puis direction la coopérative Valldal Grønt pour y emporter la récolte, l’occasion pour nous d’aller visiter un autre maillon de la chaîne, et de rencontrer Harald, le patron ! Entre deux fraises et une framboise, celui-ci nous expliquait comment les fruits étaient congelés puis stockés, à raison de 2 tonnes par heure, tout de même. Pour être enfin livrés ici, là, ou à Oslo chez le chef Pascal Dupuy notamment, un pâtissier Français réputé dans la capitale. Une information qui ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd.. sait-on jamais qu’on passe par là au retour..

Mais avant cela, c’est surtout chez Hegelin et Audun que nous étions invités à prendre le goûter. Il n’était pas dit que nous ne mangerions pas une part de ce fameux gâteau, dont ils sont également friands (bien qu’ils admettent également que sa conceptrice soit un peu… particulière)… Par bonheur, ils en avaient un petit reste au frigo, tout allait rentrer dans l’ordre pour nous. Notre vengeance allait se déguster avec des fraises !

Après les champs, c’est ainsi dans leur maison que ce couple d’une profonde et sincère gentillesse nous installait pour de beaux moments de partage, de discussions en tous genres. Notre plus belle rencontre sur la route, à n’en point douter.

A peine le gâteau fini (et il était délicieux, évidemment), Hegelin et Audun nous conviaient à dîner avec une partie de la famille, des enfants, des cousins, des frères et sœurs, allant et venant l’été au gré de leurs vacances ou de leurs emplois du temps, dans une grande maison remplie de bonne humeur. C’est autour d’un délicieux repas confectionné tous ensemble avec les légumes du gigantesque potager que nous passions la soirée, nous sentant presque membres à part entière de la famille, avant de nous en retourner vers Lagertha que nous avions garée dans le jardin. Non sans prendre rendez-vous pour le petit-déjeuner, évidemment, avec une douche offerte en prime, ainsi que quelques conseils touristiques sur la suite de notre trajet.

Bref, c’est avec un peu de difficulté que nous reprenions la route, tant nous nous sentions chez nous dans ce joli foyer. Mais comme nous, ils avaient également un programme à respecter, une saison à boucler, et d’autres occupations vers lesquelles se retourner. Audun est par exemple le graphiste qui a réalisé les étiquettes des produits d’Ann à la Valldal Safteri. Une boucle rondement bouclée, n’est-ce pas ?

D’une arrivée sous de piètres auspices, nous avions eu la chance de rebondir grâce aux conseils de notre serveur du Under taket, grâce à Ann, à Hegelin, à Audun, à Harald et tous les membres de leurs familles gravitant de près ou de loin autour du petit monde de la fraise. Valldal, tu partais de loin, tu as fini par joliment te rattraper..

Suivez (toujours) notre itinéraire via notre map !

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4 Comments

  1. Noyer says

    Effectivement, je n’aurais jamais imaginé que la fraise puisse être produite en Norvège dans ses quantités ! Sont-elles bien sucrées et goûteuses ? ou alors comme les fraises Espagnoles en batterie ?

    • Roammates, Exploring Norway says

      Elles sont incroyables ! Certains disent qu’elles sont les meilleurs du monde.. certainement des gens d’ici ahah.. mais j’avoue que celles que l’on a gouté cueillies minute dans le champs étaient succulentes ! Sucrées ET goûteuses.. et en plus c’étaient les dernières de la saison.. je n’ose imaginer le goût de celles cueillis fin mai début juin !
      Le seul problème c’est qu’elles ne sont pas exportées (trop petite quantité) donc obligation de se rendre sur place pour en juger par soi-même ! 😉

  2. Solhild Linge says

    Les fraises de Valldal sont les meilleures du monde! Bien, bien sucrées et très goûteuses!❤️

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